Anecdotes

San Remo 1982 vu par le photographe

                    Magique Toscane
                
                                        " Mon San-Remo 1982"

                                                    Entrez dans la Lumière...

                                                           

Samedi 02 octobre 1982  13h15

    Dernier café au bar du centre, toute la bande est là...tous unanimes, je suis " fou " de partir seul une semaine pour voir des " bagnoles " !  Eh oui je suis un peu fou. Un mois plus tôt lors de mon entretien d'embauche, j'ai même demandé à mon employeur de pouvoir commencer le 18/10 au lieu du 01....lui expliquant que j'avais besoin de repos afin d'être à 100 % avant d'attaquer un nouveau travail...de nos jours je ne sais pas si j'aurais osé et encore que pour le Rallye, si vous saviez tout ce que j'ai osé !  No Risk  No Fun ! Comme dirait une marchande que je connais bien !
    Good ! Direction l'Italie
    En route pour Nice terme de ma première étape ou j'ai rendez-vous au salon neige et montagne avec JClaude, qui tient un stand. Nous avions sympathisé lors d'un stage de pilotage sur terre à Grabels, il me sera d'ailleurs bien utile celui là ! .
    Soirée chez un ami(e)s et couchés à 23h30, je retrouve " mon " canapé du Monte-Carlo.

Dimanche 03 octobre

    09h30 direction San Remo, parking sans problèmes près du parc fermé, je vais admirer les autos de près, il y a une grosse armada Audi, Lancia, Opel, un plateau de fou....ça tombe bien j'en suis !
    12h00 direction la première spéciale dont le départ est prévu à 15h58. je me gare facilement, a coté de moi il y a des allemands venu supporter Walter, Moi je suis là pour Henri....même Team alors.. !
    Pendant que je casse la croûte, un occupant vient vers moi, et me montre l'autocollant du Rac 80 et 81 sur la vitre arrière de l'Alfa. Il parle Anglais, no problem, il m'explique que lui aussi étais au Rac. .Ça rapproche, nous décidons d'aller ensemble sur le point spectacle, nous parlons anglais, la passion n'a pas de frontières, mais bon aller en Italie pour parler anglais avec des allemands.
    16h05.....Vibrations, la première musique que j'adore arrive, toujours magique le premier concurrent qui déchire le rideau du théâtre...c'est Michèle Mouton qui ouvre le bal...une princesse en ouverture...féerique ! Puis les numéros défilent, Toivonen nous gratifie d'un passage ...de Petit Prince, toujours aussi spectaculaire, et clin d'œil au passage à mes amis allemand ! Kullang et la Lancer sont pas mal non plus.  Et puis vent de panique une voiture vient de renverser deux spectateurs…un est blessé, la spéciale est arrêtée, inutile d'attendre, je pars très vite pour éviter les bouchons, direction la Toscane, le lendemain à lieu la première spéciale sur terre, 360 kms de liaisons, mes potes allemands vont à l'hôtel, moi j'ai la canadienne et les sièges de mon Alfa sud.
    Nous nous donnons rendez-vous près de Volterra.Je roule jusqu'à minuit, je m'arrête pour dormir.Entre temps j'ai changé d'avis, je vois déjà la foule..J'ai peur de ne pouvoir sortir de Volterra, et je décide d'aller à Riparbella à 07h18. Je ne reverrai pas les Allemands..


    Je dors dans la voiture, lever à 6h00, je trouve facilement Riparbella et déjà un embouteillage !

    Enfin la terre ! , C’est en montée, un gauche assez serré, suivi d'une enfilade rapide, c'est beau, très même, mais les cailloux volent comme des étoiles filantes, et la poussière pas d'étoiles non plus...le boîtier souffre ! Grosse attaque...après 20 voitures je fonce vers surgifix pour 08h17, ce n'est pas trop loin, j'arrive à temps, pas facile seul, mais mon " road book " est efficace. Là je fais la connaissance de Gian Pietro  un Italien très sympa, il va me servir de guide. Il m'emmène vers un endroit sympa, un pâté de maisons que je reconnais pour l'avoir vu dans Auto-hebdo, c'est super, je suis dans un arbre pour les photos, en sécurité, après 5 autos je descends pour varier un peu les angles. Cinotto fait un passage d'anthologie, Alen égal à lui-même. Blomqvist fort très fort, et fait le scratch, mais Henri est encore sur une autre planète...
    Au bout de 25 autos nous partons, je " suis " Gian pietro il me dit connaître un endroit fantastique, on peut-y voir deux spéciales à 200 mètres d'écart.. Mon guide a une Lancia Fulvia, il roule....comme un Italien ! Je suis, il lève le pouce, il est content que je suive. et en rajoute une couche, nous sommes sur la spéciale, de la belle terre, ça roule très bien, petit à petit la cadence augmente, et je suis vite à 110, le pied, l'auto ne souffre pas, sinon de la poussière de mon guide....Nous avons deux heures d'avance !, J’en profite pour aller repérer les lieux, il y a une longue ligne droite en montée, avec au bout un changement de direction à droite assez ouvert, il y a déjà beaucoup de monde, pour les photos pas simple...je décide d'aller un peu plus loin, dans un long gauche, qui doit bien passer en dérive et vite...dur les photos. Ca y est les premiers arrivent et ça passe vraiment très fort, le super pied ! Du grand art et Toivonen et Cinotto sont encore les plus impressionnants.

    Au bout d'une demi-heure je vais dans l'autre spéciale à 300 mètres de là, et les premiers repassent, et là aussi c'est du grand spectacle, Kullang Alen et...Toivonen sont les plus spectaculaires. Je retrouve Gian pietro à la voiture, il m'attend. Nous allons boire un verre au bistrot du " village ", il insiste pour payer, je lui promets alors de lui envoyer une photo de son pilote préfère, et nous échangeons nos adresses, et je lui enverrai une photo de Markku Alen. Il s'en va car le lendemain il travaille, il est déménageur. Je reste à Radi, car pour le début de la troisième étape, les deux spéciales sont reprises. Le hameau de Radi est tout petit, fort d’une dizaine de maisons. Je décide de planter la tente, pour la première fois. Je m’installe sur l’allée qui mène vers le petit cimetière, seul endroit possible,  elle est bordée de cyprès, je suis seul…, et après la folie de l’après-midi, l’impression est bizarre. Je vais manger, mais près du cimetière il n’y a pas beaucoup de lumière, je décide d’aller sous un lampadaire pour faire chauffer mes spaghettis, seul au milieu de nulle part dans la campagne toscane, impressionnant ! Je décide de faire une photo.

    Soudain, un bruit de vespa, ce sont des jeunes qui cherchent un endroit pour camper, je leur indique, ou je suis, ils semblent repartir, et reviennent à cinq vespas ! Et s’installe près de mon campement. Nous discutons un peu, ils me disent qu’ils arrivent de San Remo. .Cela fait 450 kms pour arriver ici, là je dis chapeau, moi qui croyait être un peu marteau.. J’écris quelques cartes postales et je vais dormir, enfin toute la nuit je suis réveillé par des bruits de vespas qui arrivent, et au petit matin, il y a 40 mecs dans des duvets autour de ma tente, de la folie ! .La spéciale passe à 08h00, je déjeune tranquille avec « ma » bande de copains, et je vais m’installer dans les premiers dans ce fameux virage, je suis super bien placé pour mes photos ! .Ca y est les premiers arrivent, j’ai un super cadrage, seul problème je suis en sortie de courbe, et je prends de la poussière plein la tête ! , Au bout de trois voitures je suis marron sable ! Grosse attaque de Blomqvist, mais surtout Alen déchaîné et toujours le duo Cinotto Toivonen. Superbe passage d’Ormezanno avec la Talbot Lotus. Le deuxième passage est vers 14 h00, je vais faire un tour dans le hameau, j’aperçois un camping car immatriculé dans le « 84 », le gars m’interpelle : « Eh l’Ardéchois ! » En fait  il m’avait repere près de ma voiture. Ils sont quatre amis, ils m’offrent l’apéritif, puis il commence à tomber des gouttes, ils me proposent alors de manger avec eux à l’abri. J’ai de la chance, c’est toujours ma bonne étoile qui veille sur moi. Ils ont déjà fait un déplacement pour l’Acropole, et veulent aller voir le RAC, je leur donne alors quelques tuyaux, et c’est une super discussion entre passionnés et connaisseurs ! .Nous allons voir la spéciale ensemble, et en discutant  je m’aperçois que l’un d’eux connaît JClaude de Nice ou j’ai dormi à l’aller…quand il se dit que le monde est petit ! .Apres la spéciale nous nous séparons, car avec le camping car ils sont moins rapides que moi. Je vais vers Sienne par un chemin de terre, c’est chouette ! Je compte aller au départ de la « 39 ».J’ai le temps de visiter Sienne, magnifique place avec la cathédrale, les mosaïques, les rues pavées. J’essai de téléphoner à Privas. Impossible ! Je croise alors mes amis en Vespa, nous discutons un peu, eux aussi vont à la « 39 », et eux non plus ne connaissent pas le chemin. Je pars dans la direction un peu au hasard, n’ayant aucune indication sinon d’aller en direction de Florence, mais très vite couper par un chemin de terre à droite. Finalement j’arrive assez vite sur un chemin qui va à Vagliali…. Et me retrouve à l’arrivée de la « 38. pas plus mal, j’ai du coup le temps d’aller à la « 41 » que j’ai déjà vu de jour. Il y a beaucoup moins de monde, je décide de faire une photo en pose sur pied. 

Au bout de vingt voitures, je vais vers l’arrivée de la spéciale, c’est chouette ! .Je décide alors d’aller voir le parc fermé de Pise, je sais simplement que le parc est au pied de la tour. Je me mets en route, et à dix kilomètres de Pise je rattrape un camion « Rothmans Opel Rally Team» et je prends le risque de le suivre pensant qu’il va m’emmener devant la tour. Ma bonne étoile ne me laisse pas tomber, et après un dédale de rues derrière mon camion, j’arrive sur une place illuminée par une multitude de projecteurs, une lumière très intense et je découvre enfin la Tour de Pise. Un spectacle fabuleux, de nuit la place noire de monde, je fais comme tout le monde et me gare pas trop loin sur un trottoir. Les premières autos ne sont pas arrivées. Il y a un podium en bois ou les voitures grimpent, puis vont se ranger en épi devant la tour. Arrive Toivonen, qui va faire son demi-tour au frein à main, sous une ovation, kullang l’imite c’est superbe ! .Michèle Mouton et Mikkola se dirigent vers leur hôtel, je les suis. L’hôtel fait office de pc du rallye. Je rentre dans la salle de presse, je vois Hannu Mikkola, Michèle Mouton, Blomqvist, Cinotto, j’en profite pour compléter ma collection de portraits. Hannu est seul au bar, je m’approche te le salue, la conversation s’engage, en anglais, il est très abordable et souriant. Il me demande d’où je suis, et lorsque je lui parle de l’Ardèche, un sourire éclaire son visage ! .Il me demande si je suis le rallye en entier, je réponds par l’affirmative, que je suis seul. Il me dit que je suis courageux. Je lui parle alors du Rac que j’ai vu deux fois, et lui rappelle  sa deuxième place et sa victoire, et que pour moi ce spectacle est tellement beau que je n’ai aucun mérite. Je lui pose la question de savoir s’il va laisser passer Michèle Mouton, et me répond par l’affirmative. Un grand monsieur.

    Je vais alors voir Michèle, qui me demande aussi d’où je viens, et à la seule évocation de l’Ardèche, elle à la même réaction que Mikkola. Décidément personne n’est indifférent à l’Ardèche chez les grands du rallye.


Il est 23 heures, je n’ai pas encore mangé, et décide de me payer mon premier repas au restaurant ! Je cherche ensuite un endroit pour dormir, pas trop loin de la tour, sans être gêné par les lampadaires, c’est ma troisième nuit dans la voiture, et j’ai trouvé la bonne position, je m’endors facilement. Je suis réveillé par les gouttes de pluie sur la carrosserie, la pluie rafraîchit un peu. Au lever  il pleut toujours, je vais prendre le petit déjeuner dans un café face au parc devant la tour de Pise. Je fais ensuite quelques photos, avant de repartir 400 kilomètres au Nord  pour le retour sur le goudron.

    Etape de folie, Henri est déchaîné, il remonte à la deuxième place, je ne fais pas de photos, c’est trop beau ce festival Opel ! Et puis crevaison en vue de ’arrivée, le Petit Prince est triste, et moi aussi…

    Fin d’une semaine particulière, seul et à la fois au milieu de la foule. Le fait d’être seul m’a permis de rencontrer des passionnés, et la lumiére Toscane en octobre est vraiment magique.   



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