HUMALAMÄKI

Wednesday  24th  August 1983

The Day when I meet Henri TOÏVONEN

 

 

Après le Rac, Le San Remo, il était logique de pousser vers la Finlande et le fameux Rallye of the 1000 Lakes, ce sera pour 1983, encore un rêve qui se réalise et bien au-delà de mes espérances,  à la rencontre des Flyings Finns sur leur chasse gardée.

 

Mercredi 24 Août, cet après-midi a lieu la spéciale d’essai qui précède le rallye, comme le shakedown aujourd’hui, cela se passe à Humalamäki, j’ai bien sur mon inséparable sweat shirt en l’honneur d’Henri Rac 80, et soudain en remontant avant la zone de départ, pour voir pilotes et autos, arrive face à moi LA Manta 400 aux couleurs Rothmans. Henri est au volant, je fais un geste timide de la main pour le saluer, et à ma grande stupéfaction, l’auto s’arrête au bord du chemin, Henri en sort et se dirige vers moi ! ! !    Hello !   J’avale ma salive, je crois rêver, c’est bien à moi qu’il s’adresse ! , Il montre mon pull : « Where do you find it ? » «  Hum Hum, i do myself » Je lui explique alors que je travaillais dans un magasin de sport et que je pouvais imprimer sur les maillots, que j’étais au Rac en 1980 et voulais absolument «porter ses couleurs » tellement il m’avait impressionné.

Il est heureux et fier, je lui demande s’il veut bien faire une photo, il accepte très volontiers, il est même ému. Je donne mon appareil photo à mon ami Jérôme, qui tremble lui aussi, ne voulant pas manquer un événement qu’il sent important pour moi, je lui dis alors de prendre deux clichés, pour être sur d’avoir un souvenir.

Ensuite nous bavardons, Henri me demande d’où je viens, je lui explique que ce n’est pas loin du Moulinon, il situe tout de suite ! Il me demande ensuite si j’ai fait le déplacement spécialement pour le rallye, et semble étonné que je fasse un si long voyage pour un rallye. Je lui explique que nous en profitons pour visiter un peu le pays, et il s’excuse du temps qui n’est pas fameux.

Puis Henri doit nous quitter, et nous allons nous installer dans la spéciale ou nous verrons 4 à 5 passages de nos pilotes favoris, une belle après-midi et je pensais alors que notre rencontre allait en rester là, mais ce grand cœur allait me réserver bien d’autres surprises que je me propose de vous raconter et la première dès le lendemain….

 

En effet le jeudi étant libre, nous allons faire un tour au PC du rallye pour s’imprégner de l’ambiance de veille de course au Rantasipi Hôtel. Dans un salon, il y avait tous les pilotes qui discutaient par petits groupes, Henri était avec Hannu Mikkola et Bjorn Waldegaard. Il m’aperçoit et quitte alors ses deux amis pour venir me dire bonjour et m’entraîne ensuite avec lui pour me présenter à ses deux illustres collègues, j’étais très ému, surtout de serrer la main de Bjorn Waldegaard qui pour moi était un monument, avait gagné les rallyes de Monte-Carlo 1969 et 1970, mes premiers souvenirs de rallye, premières émotions, première photo aussi.

Ce fut la deuxième surprise que me réservait ce garçon qui décidément n’avait pas la grosse tête, un grand cœur, je me demandais même pourquoi il faisait cela, je me poserai souvent la question, je me la pose encore…

 

Le rallye fut un très grand moment, Hannu Mikkola gagna devant Blomqvist et Alen. Quant à Henri avec sa Manta un peu dépassée il accumulait exploit sur exploit dont 5 meilleurs temps consécutifs avant que le moteur n’explose, il était alors 3 eme à 1’41 du premier ! !

Et quelle attaque, je vous livre par ailleurs une de mes photos préférées, celle la je l’ai «senti » dans le viseur, j’ai même dis à Jérôme et Didier : « La je crois que j’ai fait un truc » en effet sans mise au point automatique et un seul cliché pas de droit à l’erreur.

    

Plus tard je ferai dédicacer cette photo à Henri, il faudra attendre janvier 1985 ou je vais vivre des jours extraordinaires

 

Mercredi 09 Janvier 1985 fin d’ après midi

Je travaille, il fait froid, il neige, le téléphone sonne, c’estJ Claude »salut, dis moi: il y a Henri Toivonen ici à Privas à l’hôtel de la chaumette, et je l’ai convoqué chez moi à 18 h, en lui expliquant qu’un ami voulait le voir ! ! ». Je pense à un canular de la bande qui sait très bien que pour Henri je marcherais sur les mains, c’est pourtant un peu tôt pour les poissons d’avril, mais je ne le crois pas, lui dis que sa blague est sympa, mais qu’il neige et que franchir le col de l’escrinet malgré les GF 51 ne me branche pas plus que ça. JClaude insiste me dis de ne pas faire l’idiot et que je dois venir absolument, qu’il ne pourra retenir Henri trop longtemps.

Bon dans le doute je me dis que ce serait trop bête et pars d’Aubenas, je suis prudent avec les pins-pins qui se traînent mais dans la descente je me fais une chaleur en doublant une file de trois voitures !

Je passe quand même prendre l’agrandissement ci-dessus chez les parents, on ne sait jamais..

A 6h05 j’arrive chez Jclaude qui fait les cent pas devant la porte, il pousse un ouf ! De soulagement, pensant que je ne viendrais pas, et Henri qui commençait à s’impatienter, ne comprenant pas ce qu’on lui voulait, JClaude ne parlant pas anglais avait fait venir un copain interprète qui avait essayé de lui expliquer qu’un fan qu’il avait vu en Finlande voulait le voir.

 

Je rentre dans la pièce, Henri est assis songeur, et là je suis très étonné il me reconnaît tout de suite, un grand sourire illumine son visage. Je suis très ému et ne comprends pas trop ce qui m’arrive. Henri accepte de prendre l’apéritif, et tout de suite nous parlons de beaucoup de choses, trop de choses, j’ai tellement à lui dire, mon admiration bien sur mais au-delà de repasser ses courses, parler de la voiture, du pilotage. Je dois me pincer car je ne me rends pas compte que je discute avec un des meilleurs pilotes du monde et tout est très naturel, si naturel qu’à un moment je lui dis avoir toujours rêver de partager un bout de route avec un pilote du niveau mondial. Henri me propose alors de me faire partager l’habitacle de la 037 le lendemain ! Il suffit juste de voir avec Juha Piironen le programme du jour pour trouver un creneau. Je rêve ! !

Nous faisons ensuite quelques photos, je lui fais dédicacer la photo des 1000 lacs 1983, il réfléchit longuement, je sens qu’il ne veut pas mettre une banalité et écrit alors : «I’ll took the promise with my best drive to my friend Bruno » il voulait parler du tour en 037.

Facétieux, Henri me demande alors d’appeler Juha Piironen pour lui faire une blague, lui dire qu’il ne rentrera pas ce soir, qu’il a un problème avec la police….Le poste est occupé, et Henri veut rentrer à l’hôtel. Il est à pied, je lui propose alors de le déposer car il fait très froid, Henri prend place, je lui dis alors que j’ai le meilleur co-driver du monde ! ! Nous avons bien rit. Je conduis très lentement, à l’hôtel Henri me dit de venir pour voir avec Juha Piironen pour le lendemain le rendez-vous ! ! Autour d’un autre verre au bar de l’hôtel, il me propose le Moulinon qu’ils commencent à 08h00, mais pour moi qui travaille c’est difficile, alors Henri me propose entre 12h00 et 13h00 au col de la chavade à l’arrivée de La Souche Col du pendu.

 

Je rentre à Aubenas en pensant à cette soirée de folie, je n’arrive pas à y croire, demain en 037 avec Toivonen ! ! Et ce gars est tellement sympa si simple, il aurait très bien pu passer son chemin.

 

La nuit fût longue…pas sommeil.

 

Jeudi 12 h00, j’arrive au col de la Chavade sur un tapis blanc, il a beaucoup neigé, le camion Lancia Martini est là conduit par Michèle qui attends son équipage qui ne devrait pas tarder et en effet la musique caractéristique de la 037 ne tarde pas à bercer nos oreilles. Henri nous fait alors un créneau à sa façon, échange quelques mots avec Juha Piironen, Michèle fait le niveau d’essence, Henri m’appelle, je respire un grand coup et prend place dans l’habitacle, Henri m’aide à attacher le harnais, je ne réalise pas vraiment que je suis à bord d’une voiture mythique avec à son volant un des meilleurs pilotes du monde. Avant de s’élancer, Henri demande à Michèle de fermer la route avec le camion, je suis en pleine confiance. , Nous avons les casques qui permettent de communiquer. Henri prends la spéciale à l’envers lentement, il m’explique chaque bouton, me détaille le tableau de bord, la répartition de freinage qu’il modifie à l’occasion d’un gros travers qu’il contrôle d’une main, tournant la molette de l’autre ! !. Tout va bien, il me dit qu’il y a un peu trop de neige, puis nous arrivons sur le plateau avant de basculer sur le col du pendu, pas de frein à main, la première est enclenchée et l’embrayage lâché d’un coup, ce qui fait pivoter la voiture pour prendre le sens de la spéciale. Soudain le compte tours qui s’envole aux limites, la musique du volumex, les vitesses qui montent, descendent, le ballet des pieds sur les pédales, le jeu des mains sur le volant, c’est fantastique. Je ne sais plus ou regarder tellement il y a à voir : la route qui défile par la vitre côté droit, puis gauche, il n’existe pas de mots pour décrire ce moment, je n’ai pas peur du tout tellement la maîtrise est parfaite, les gestes précis, je ne regarde presque plus la route, mais le pilote, l’artiste qui porte bien son surnom depuis le Rac 1980 »le petit Prince », s’il te plaît dessine-moi des courbes. Cet homme là est un artiste, il recherche sans cesse la perfection, il aime piloter, il aime faire plaisir, et ces quinze kilomètres semblent durer une heure tellement ils sont intenses, forts, et ce gars qui fait tout ce qu’il peut pour moi, pour ne pas me décevoir, moi qui suis allé le voir en Angleterre, Italie, Finlande, il veut me récompenser.

Nous arrivons, je suis très ému et ne sais que dire pour le remercier, trouver les mots justes qui plus est en anglais, il est gêné pour lui c’est «naturel »il ne se rend pas compte ce que représente pour moi ce que je viens de vivre, vous non plus d’ailleurs……..        

      

Il est 13 heures, et nous allons au relais en haut de la Chavade, nous bavardons autour d’un casse croûte, la bonne humeur est au rendez-vous, Henri évoque le Monte-Carlo, me dit qu’il n’a aucune chance avec ses deux roues motrices face aux 205 et Audi, il parle même de mettre un nez rouge pour faire le clown pendant le rallye ! ! Pour lui c’est dur car une seule chose compte, la victoire et là il sait que c’est perdu d’avance, mais c’est son job, il m’explique qu’il prend des notes «lentes » par sécurité car son dos est douloureux et la sortie de route interdite.

Il évoque aussi avec humour son compagnon d’écurie Markku Alen, qui ne veut plus de la 037 sur la glisse depuis qu’il a vu le projet de la Delta S4.Voilà 20 minutes que nous bavardons tranquilles lorsque Blomqvist et captain Cederberg franchissent la porte du restaurant, ils s’installent à notre table, Stig aperçoit l’appareil photo et questionne Henri qui le rassure aussitôt : il pensait que j’étais journaliste ! ! Stig se lâche alors et parle beaucoup ! ! Ils parlent de leurs enfants respectifs en bons pères de famille. Puis du rallye et Henri ressortent son nez rouge !

J’ai mangé avec le champion du monde en titre et son probable successeur en toute tranquillité et simplicité..  

Nous nous séparons et Henri nous donne rendez-vous à Burzet en début de soirée. En effet nous attendons ver le Ray Pic, le volumex, les phares trouent la nuit, Henri klaxonne, nous allons vite vers notre voiture pour essayer de suivre jusqu'à Burzet, au moment ou la 037 part dans un demi-tour au frein à main et reviens vers nous ! Henri a fait demi-tour ! Il ouvre sa porte, nous échangeons quelques mots, je demande si je peux voir les notes, sans problèmes Henri prends le cahier et m’explique en détail son système, il a 13 notes différentes, ne note aucune vitesse, mais indique la forme du virage, la distance précise, un an plus tard j’aurais l’occasion de vivre en intégralité les 38 kilomètres du Moulinon-Antraigues avec Henri et Sergio ! ! ! !

 

Le lendemain soir en rentrant de Valence, je passe par l’hôtel de la Chaumette à Privas ou logent Henri Juha et Michele la 037 et le camion sont toujours là. Je ne peux m’empêcher de regarder encore une fois cette auto, au moment ou Henri et ses deux compères sortent de l’hôtel pour aller manger «en ville ».Ils veulent prendre le fourgon, je leur propose de les déposer, et nous voilà partis tous les quatre avec L’ALFASUD, je dis alors à mes passagers que je ne crains rien ayant à mon bord un pilote, un navigateur et un mécano de niveau mondial ! Je roule très doucement en imaginant la tête de Cesare Fiorio en cas de pépins. Je trouve une pizzeria nous nous installons, mais Henri n’est pas bien, il me dit être resté un jour de plus car il est malade, demande du potage, il n’y en a pas, il me demande alors de le ramener à l’hôtel. Nous laissons Juha et Michele.

Arrives à l’hôtel je demande un bouillon pour Henri, nous sommes seuls dans la salle en tête-à-tête, c’est alors qu’Henri me parle de la face cachée du rallye, les coulisses, les sponsors, ses contacts avec une écurie française, l’épisode douloureux de 84 ou il se blesse lors d’une démonstration de karting durant une neutralisation, sa souffrance, il fallut continuer et gagner pour le team, Henri se confie, il est grave, je l’écoute, cela à l’air de l’apaiser. Soudain il s’arrête net de parler, je lui demande si ça va, et il désigne deux personnes qui arrivent vers nous et a juste le temps de me glisser : « Journalists ». Ce sont deux Italiens d’une revue automobile, ils veulent une interview, et Henri leur donne un rendez-vous. Ils s’éloignent, Henri est fatigué, je prends congé en lui donnant rendez-vous au Rallye Monte-Carlo ou je fais l’assistance de mon ami J-Paul Aymé et sa R5 Turbo.

Le rallye se passe bien, mon nom de code à la CB est bien sur : « Toï ». Dés que c’est possible je m’installe pas loin de l’assistance Lancia, Jpaul étant bien classé. A chaque passage devant nous Henri nous salue de la main accompagnée d’un appel de phares, nous avons un peu de temps pour le voir au Rouret.

C’est la dernière assistance avant la rentrée sur Monaco, Nous sommes installés 100 mètres après Lancia, mais n’avons pas le temps d’y aller notre pilote va arriver. Henri repart de son assistance envahie par les spectateurs, nous ça va ! ! Personne. Arrivé devant notre fourgon Henri s’arrête, me demande des nouvelles de mon pilote, je lui dis qu’il est 18 eme, « very good » me dit-il. Je fais mine de laver sa voiture avec mon éponge et mon sceau, les spectateurs arrivent en courant et se demandent qui nous sommes pour avoir une si belle visite. Le lendemain j’assisterai à la remise des prix, Henri est sixième et premier deux roues motrices, »pas mal pour un clown lui dis-je alors »Il sourit.

 

La suite sera moins drôle avec cet accident au Costa Smeralda je verrai les images de son évacuation vers l’hélicoptère et me dis qu’il n’a pas fini de souffrir du dos.

Je pensai le voir au Mille pistes, en vain, je prépare une lettre à son intention que je donne à un membre de son écurie, il n’y a pas Michele. Je ferai cette lettre en 5 exemplaires que j’envoie à Auto-hebdo, Sport Auto, mon ami Jean en remettra une à son équipe aux 24 Heures du Mans.

Entre temps je suis allé en Corse, la tragédie avec Attilio gâche tout. Si je savais……..

 

Je retrouve avec plaisir Henri au San Remo, après un début laborieux, Henri fait une belle course, j’aurai l’occasion de le voir à la halte de Volterra ou grâce à lui je peux entrer au restaurant réservé pour tout le team Lancia, il y a Alen Biasion, Henri me montre les feuilles des chronos.

Il va faire une dernière étape de folie enchaînant 7 meilleurs temps consécutifs, il est dans un état second, je le retrouve dans la zone de contrôle de la dernière spéciale. Il est casqué, la porte est ouverte, il me parle vite et très excité, il n’arrive pas à fixer les brins du harnais, j’essaie de le calmer, lui dis qu’il est bien troisième en lui parlant lentement, je lui attache son harnais, ferme la porte et lui montre le sweat «Toivonen Rac 80 » en levant le pouce au ciel.

A cet instant j’ai une pensée pour Juha Piironen qui doit vivre des moments difficiles. J’assiste au départ et en effet je ne voudrais pas être à coté.

Henri finira bien troisième et ce rallye San Remo 85 sera pour moi un de mes meilleurs souvenirs avec la démonstration de Rohrl, la Toscane magnifique à l’automne et la dernière étape d’Henri.

Nous prenons rendez-vous pour le Monte-Carlo, après tout cela ne fait que deux mois à patienter. Entre temps Henri va triompher au Rac avec la nouvelle Delta S4.

 

04 Janvier 1986

Henri est de retour en Ardèche, je le félicite pour son succès au Rac. Il me présente son nouveau « co driver » Sergio Cresto, ils sont accompagnés de Billy leur mécanicien.

Henri me dit que demain il me fera essayer la Delta S4, mais pas sur le goudron sec du Moulinon, « too dangerous » dit-il ce sera dans Burzet sur le plateau enneigé de Lachamp Raphaël. Je lui dis alors que pour moi c’est aussi dangereux, car très rapide…

05 Janvier 1986

Nous nous retrouvons pour le repas de midi à Antraigues, l’ambiance est détendue, Sergio est sympa.             

Henri me confirme l’heure à Lachamp Raphaël, pendant qu’il va faire le Moulinon, j’ai le temps de faire un tour à Vals, puis monte tranquillement sur le plateau, un peu tendu quand même à l’idée de monter dans cette auto plutôt impressionnante.

L’attente est longue, Henri ne vient pas, il doit y avoir un problème, je descends sur le Moulinon que je prends à contre sens, et en effet vers le départ je trouve l’auto arrêtée, capot ouvert, Billy qui s’affaire. Henri et Sergio attendent et commence à perdre patience, l’auto ne démarre pas, Billy veut téléphoner à l’usine, je l’emmène à une maison ou je demande à une brave dame si nous pouvons téléphoner, elle accepte volontiers, mais s’inquiète de la facture quand elle entends la conversation en italien. Je la rassure, elle sera bien dédommagée. Billy m’explique alors le problème avec un boîtier électronique qui souffre du froid, que ces boîtiers sont issus de la technique Ferrari F1 et donc pas prévus pour le froid. Après une dernière tentative toujours rien, Henri est inquiet il prend du retard dans son timing. Je lui propose alors de prendre ma voiture pour faire ses notes ! ! Il me regarde étonné puis trouve l’idée bonne, par contre il faut trouver un abri pour la S4 et un garage de St Sauveur fera l’affaire.

 

Me voilà donc au départ du Moulinon Antraigues installé à l’arrière de mon Alfasud avec au volant Henri et Sergio qui lit les notes.

C’est parti, Sergio a une voix calme, apaisante, je suis la route, (je connais par cœur) et ne lâche pas le cahier des yeux, les « very very long left » succèdent aux « ninety  right» je découvre les « K »right et left. Jamais je n’oublierai ces 38 kilomètres, jamais.

Henri corrige, il commence à neiger…et ce de plus en plus fort, il commence à faire nuit, j’éclaire le cahier avec ma lampe de poche, arrive le Col de La FAYOLLE, j’ose une phrase «Henri : Hand brake is on  front wheels » Oh ! Et il enlève sa main du frein à main…Ce seront les uniques paroles que je me permettrai, l’ambiance dans la voiture étant très particulière avec la neige qui tombe, la voix de Sergio, et cette description de la route si précise, un film se déroule, le montage est parfait et je suis spectateur privilégié. Je n’oserai même pas prendre une photo.

Nous arrivons devant La remise, Yves Jouanny sort, je vois encore sa tête quand il a découvert Henri au volant ! ! « Ah mais c’est Henri qui conduit ! ! »  Eh oui lui dis-je il est meilleur que moi ! !.

 

Nous arrivons à Vals, Henri a gardé le volant, le parking devant l’hôtel est désert, Henri « Look what we can do with a front wheel drive » Il enclenche la marche arrière, braque les roues à fond et met le compte tours à 4000……..C’est alors que l’Alfa tourne sur elle-même, au bout d’une dizaine de tour l’odeur d’embrayage envahit l’habitacle, et Henri part dans un grand fou rire.

 

Quinze jours plus tard Henri et Sergio remportaient le rallye Monte-Carlo, en ayant reconnu le Moulinon-Antraigues en ALFASUD 1500 TI 95 CV ! ! Quelque part j’ai modestement contribué à ce succès. L’ALFA est depuis passée à la casse, j’ai conservé le volant Personnal en souvenir.

Nous sortons de voiture, Henri me dit : « You was very helpfull with me, Lancia can pay the restaurant for you ».Ce soir là nous avons beaucoup rit, surtout lorsque le grand Marku est arrivé à notre table, et à la question «Have you a good journey ? » Le plus italien des finlandais s’exclama «NEVE NEVE ! ! »Henri me dédicacera une photo à ce sujet.

               

A la fin de repas Henri me dit qu’il voudrait quand même bien me faire faire un Tour de S4, il me propose alors le jeudi, au col de la machine ou tous les pilotes Lancia doivent se retrouver pour des tests pneumatiques neige. Encore quatre jours à patienter mais après la journée que je viens de vivre je n’ai pas à me plaindre.

Jeudi matin, Henri me telephone ennuyé »this night it’s impossible because Cesare Fiorio is here for tyres test and I can’t pick up anybody on board ». Je lui dis alors que ce n’est pas grave, mais lui demande si je peux venir assister aux tests incognito. Henri n’y tient pas, les tests sont «top secret » la présence de Cesare semble l’inquiéter. Je n’insiste pas et respecte son avis, mais le soir venu mes pensées étaient tournées en direction du Vercors. Je ne monterai jamais dans la S4 et ce n’est pas plus mal…

 

Départ du Rallye, je fais à nouveau l’assistance de J-Paul , et bien sûr essaie de me placer pas trop loin de Lancia. Nous nous verrons régulièrement pendant la semaine, et toujours un signe de la main, un appel de phare, de plus J-Paul finira 14 eme nous sommes prés de la tête de la course, c’est le pied.

Henri et Sergio terminent en vainqueurs, c’est l’euphorie.

Le lendemain il faut que j’assiste à la remise des prix, et malgré la fatigue de la semaine je me lève à 5 heures, mes amis de l’assistance me disent que c’est peine perdue »ils ne te laisseront pas passer ». Je monte tout de même très tôt vers le palais princier. Comme prévu le service d’ordre filtre, il va falloir jouer fin, je vais vers la tribune de presse encore déserte, avec pour tout laisser passer mon badge «assistance ». J’explique alors à la sécurité que l’équipage que j’assistais à fini 14 eme et qu’il faut absolument que je fasse des photos pour ses sponsors et la presse locale et après quelques minutes ils acceptent avec pour consignes de me faire tout petit et de ne pas gêner. J’ai réussi, et revois encore la tête de mes amis à 100 mètres derrière les barrières ! . J’ai pu faire les photos de la cérémonie et même me faire prendre avec Henri devant le palais, sous l’œil un peu agacé d’un membre du protocole.

 

 

 Je félicite Henri et Sergio, ils sont heureux.

   

Henri me dit alors qu’il est sur le point de s’installer en principauté, et qu’il m’invitera chez lui après le tour de Corse….